Mon job étudiant, c'est prof de maths : 5 élèves au compteur suivis régulièrement sur 4 ans. Non pas plus, faut aussi que je bosse moi.
Et être prof de maths, parfois c'est rrrrrrrrrrrggggggggggnnnnnnnnnnnnnnnnnnn.
Ah oui non pas 5 élèves : j'en compte un sixième depuis une semaine et jusqu'à aujourd'hui : mon copain qui préparait un BTS blanc avec des vrais morceaux de maths dedans.
Niveau Bac les maths, à peu près. Comme mes élèves d'avant quoi.
Alors moi le programme, j'assure.
Mais par contre, là où j'assure pas, c'est de comprendre ce qui coince dans la tête des élèves lorsqu'ils arrivent pas à comprendre un truc qui te paraît de la logique la plus élémentaire. Et encore, ça arrive plus au collège qu'en 1S ou TS où y a déjà eu de l'écrémage.
Et le pire c'est qu'au moment où j'écris ça j'ai pas d'exemple qui me vient.
Ah si si si.
Un truc que j'aime bien, c'est le raisonnement par récurrence.
Mais je serais bien contente que ça paraisse tout con à chacun de mes lecteurs, parce que mes élèves ils adorent pas. Et dimanche j'ai passé dessus un temps fou.
Parce que l'étape "Si cette propriété est satisfaite par un certain nombre entier naturel n, alors elle est satisfaite par son successeur, c'est-à-dire par le nombre entier n+1." faire une démonstration là-dessus, vu que ça peut se faire un peu n'importe comment selon la propriété, ça plaît pas. Pour quelle raison ? C'est pas assez codifié, faut pas se mettre complètement en mode automatique.
Du coup spa bien.
Passage édité pour cause de malentendu. Il en manquait vraiment un morceau...
En même temps pour réussir à tous les coups, c'est sûr que ça implique de maîtriser à peu près tout ce qui peut être demandé, comment écrire un nombre impair en notation littérale*, manipuler les inéquations en faisant dessus des additions, des multiplications, pour aller du point de départ (si bidule) au point d'arrivée (alors machin), que sais-je. Toutes les maths quoi, ce qui n'est le cas d'aucun lycéen.
Du coup c'est difficile de donner de cette étape un exemple universel que tous comprennent et savent appliquer à tous les raisonnements. Si tu donnes quelques exemples, dès qu'on tombe sur un cas qui sort de ces exemples, ça coince. Même si on les aide. Alors ça c'est une difficulté d'application du raisonnement, ça peut arriver, mais c'est moins drôle que l'élève bloque sur ce raisonnement par la suite à cause d'un raisonnement périphérique et indépendant qu'il ne parvient pas à mener une fois dans un exo.
Pire encore parfois car concernant le raisonnement lui-même : les élèves confondent la notation que l'on donne à une marche inconnue certes mais momentanément fixée (cette étape dont je viens de parler) et celle que l'on donne pour désigner n'importe laquelle de toutes les marches. Du coup ils commencent leur démonstration avec ce qu'ils sont censés démontrer (ça donne un raisonnement qui consiste à dire que 2+2=4 parce que 2+2=4, le type de raisonnement qui dans tous les domaines du monde ne convaincra personne que 2+2=4), et j'arrive pas à leur faire comprendre quel est le problème.
Et du coup tu te retrouves avec des re-rrrrrrrrrrrrgggggggggggnnnnnnnnnnnnnn.
(Coup de bol, monsieur BTS n'a pas eu de récurrence au partiel. Ouf.)
Fin de l'édition.
Et non c'est pas de la vantardise.
Que celui qui n'a jamais vécu cette situation de rrrrrrrrrrrggggggggggnnnnnnnnnnnnnnnnnnn en voyant quelqu'un peiner devant un truc que lui-même maîtrise parfaitement (ça peut être un prof de langues devant un élève qui balbutie, un prof de français devant une orthographe massacrée, ou même ça (d'ailleurs y a pas longtemps c'était mon copain dans le rôle du rrrrggnnn et moi dans celui du balbutiant à peu près dans le même contexte, sauf que c'était Lost Odyssey et pas Prince of Persia. On est toujours le con d'un autre.)) que celui-là donc me jette la première pierre.
C'est ça le pire dans le métier de prof : comprendre pourquoi un élève comprend pas et ce qu'il faut faire pour le faire comprendre.
Et ça, y a personne pour te l'enseigner.
Ni à l'IUFM ni ailleurs.
Et pour les maths, ça serait pas mal de faire un peu de maths appliquées AVANT la fac. Que ces charmants mignons comprennent que les fonctions, les vecteurs, les dérivées, ça sert aussi pour des trucs concrets.
Mais c'est pas à la mode.
* 2k+1, avec k entier naturel.