dimanche 26 juin 2011

Wirtschaft

Une discussion sur Skype menée tout à l'heure m'a fait réaliser que je serais peut-être bien inspirée de parler d'une petite combine commerciale dont tout le monde n'est pas forcément conscient.

Je voudrais citer en préambule comme règle universelle :
Aucun commerce n'est philanthrope. Et si le vendeur a l'air de faire une concession sur sa vente, il a de bonnes chances de retrouver ses billes autre part.
Donc, en cas de réduction apparemment superavantageuse pour le client uniquement, il faut toujours se demander ce que le vendeur y gagne. Et moins c'est évident, plus l'arnaque est probable.
Pendant les soldes bisannuelles, c'est facile : une fréquentation largement accrue et en plus un écoulement aisé de collections périmées selon les diktats de la mode.

Des fois c'est pas plus mal pour le client.

Free par exemple, qui fourguait ses Freebox V5 - maintenant le dernier modèle c'est la V6 ou Freebox Revolution, qui a visiblement un certain succès, et la V5 ne s'écoulait plus très bien.
Mercredi et jeudi, donc, Free a organisé une vente flash fourguer ses Freebox V5 et proposait 2 euros par mois pour ADSL+Tel+TV pendant un an, puis plus tard 30 euros/mois pour le forfait ADSL+Tel, plus 2 euros optionnels pour la TV.
Je trouve que le commercial qui a pensé à ça a bien géré le problème. Moi ça m'a bien plu : ça correspond à ma dernière année d'étudiante, par la suite avec un peu de chance je travaillerai et payer l'abonnement ne sera pas trop problématique : sans compter que je pourrai résilier à ce moment-là si ça le devient.
J'ai donc pris un abonnement, parfaitement consciente de tout cela. Et il m'en fallait un en plus...

D'autres fois, c'est moins arrangeant pour le client, et ça serait pas mal qu'ils soient au courant dès le début, et qu'ils n'oublient pas.

Par exemple les téléphones portables, et plus précisément ces opérations pratiquées par tous les opérateurs de France et de Navarre consistant à attirer les nouveaux clients ou garder les leurs chez eux en leur proposant des téléphones high-tech à prix réduit en y accrochant un engagement pour 12 ou 24 mois (supplémentaires pour ceux qui y étaient déjà) chez ledit opérateur.

Je croyais la combine connue du public, je viens de découvrir que ce n'était pas toujours le cas.

Personnellement, en 2009, à l'époque chez SFR, j'ai justement évité de changer mon téléphone cliniquement mort pour un de SFR précisément pour cette raison** : je m'apprêtais à me casser.
Le téléphone, assez neutre, vu que je ne voulais pas de smartphone***, m'a coûté 140 euros chez Amazon (si je me souviens bien). Largement amorti aujourd'hui par les moins de 20 euros par mois en moyenne que me coûte mon opérateur "à la carte", contre les 38 que coûtait SFR auparavant.

Et tout à l'heure, discussion sur Skype avec celui qui veut quitter son opérateur, Orange, pour rejoindre le mien. J'objecte en lui rappelant qu'il a acheté un téléphone moins d'un an auparavant et se trouve probablement encore sous le coup d'un engagement.
Il me répond qu'il ne sait pas, mais que si c'est le cas il va râler, parce qu'il considère ça comme de l'escroquerie, espoir qu'à mon grand regret je me suis vue obligée de démonter...
Et après vérification il a effectivement réalisé qu'après 6 ans chez son opérateur et 8 mois de nouveau portable il ne pouvait pas se dégager des griffes de son opérateur avant octobre 2012.

Donc voilà, j'ai pensé que ça serait utile de poster cette petite note.

* Surtout des gens qui ont suivi des cours d'éco généralistes alors que je n'ai jamais foutu les pieds dans ce genre de classe. Faut vraiment que quelqu'un me donne le programme de ces cours, je pense que j'aurai des surprises.
** Y avait aussi le désimlockage du téléphone, mais c'était moins problématique.
*** Mais visiblement, on va vers l'usage exclusif des smartphones, à en juger par la Commission Européenne et ses négociations. Ils m'agacent, eux.

samedi 25 juin 2011

Magic


J'aime bien jouer à Magic sur la XBox 360 de mon copain.
Pas en vrai par contre, où c'est le plus riche qui gagne parce qu'il peut acheter des tonnes de cartes pour en avoir des rares. Dans le jeu virtuel il faut gagner des matchs pour avoir ces cartes surpuissantes, ainsi que le choix des jeux de cartes ou decks (très varié).
Mais la couleur bleue est celle qui me convient le mieux, de très loin ! Quasiment tous mes decks préférés contiennent cette couleur. J'aime bien la jouer ; une couleur basée sur "j'emmerde mon adversaire le plus possible en l'empêchant de jouer ce qu'il veut et en le privant de ressources", ça me va très bien :)

mercredi 22 juin 2011

Vraiment une mauvaise année

Ca commençait fort pour les examens nationaux cette année...
Et ça continue apparemment de même.

EDIT :
Bon sang, y avait aussi Centrale Supélec !
(Souvenirs souvenirs tiens... Je l'avais passé mais dans une autre filière.)
Mais eux gèrent nettement mieux le problème, d'où sûrement le peu de médiatisation.
(Et ils s'excusent, eux.)

Proofiness

Je ne connaissais pas le mot en anglais, et après recherche je ne le trouve dans aucun dictionnaire.

Proofiness est un livre en anglais de Charles Seife, sous-titré The dark arts of mathematical deception. (Petite précision immédiate pour les non-anglophones : le mot deception en anglais signifie tromperie. Pour les francophones, rien que le mot en constitue donc déjà une*).

Je vous traduis un petit passage d'une Book Review pour expliquer le titre :
Bien que Seife ne le dise jamais aussi explicitement, le titre du livre fait allusion à "truthiness" - mot de l'année en 2005 [probablement aux Etats-Unis], selon l'American Dialect Society, qui l'a défini comme "l'attitude consistant à préférer des concepts ou des faits qu'on aimerait être vrais à ceux qui sont connus comme étant vrais". [...] Le cousin mathématique de "truthiness" est "proofiness" : l'art d'utiliser des arguments mathématiques bidon pour prouver quelque chose dont on sait au fond de son coeur que c'est vrai - même si ça ne l'est pas.
Le livre est composé de huit chapitres. Pour chacun d'eux j'évoquerai ici une partie du contenu, mais le reste appartiendra aux lecteurs.

1. Phony Facts, Phony Figures (Faits Bidon, Chiffres Bidon**)

- L'idée reçue : Si la raison est Dieu les nombres sont les saints
If you want people to believe something really, really stupid, just stick a number on it.
S'ils sont argumentés par des nombres, les gens ne se demanderont même pas comment on peut savoir que 58% des abdos aux US sont faits devant un programme d'exercice à la TV.

Ce chapitre constitue une accumulation d'exemples de mathématiques employés à mauvais escient dans la vie courante.

Et pourtant parfois le nombre mériterait un peu plus de prudence dans son interprétation.
A number without a unit is ethereal and abstract. With a unit it acquires a meaning, but at the same time, it loses its purity [...] It becomes tainted with the incertainties and the imperfections of the real world. [...] It's true ; all measurements are imperfect.
- Les chiffres significatifs

En physique-chimie on parle de chiffres significatifs pour illustrer ce phénomène. Un exemple simple : je mesure le pied de ma table avec un double décimètre gradué au millimètre. je trouve 47,2 cm.
Ca ne veut pas dire que le pied de la table mesure 47,2 cm exactement, ça veut dire qu'il mesure 47,2 cm plus ou moins une fraction de millimètre ; dans ce cas-là, un demi-millimètre, vu qu'on arrive à dire si on est plus près de 47,2 que de son voisin 47,1 ou 47,3. Rajoute à ceci l'incertitude lors de la fabrication, il y en a toujours une que les contrôles qualité servent à rendre minime mais qui rendent tout de même la vie infernale en chimie analytique.
On peut faire ce genre d'opération avec une balance, un thermomètre...
Mais une mauvaise compréhension de cette notion peut faire dire des bêtises : comme la personne à qui on dira qu'une étoile a 100 millions d'années (sous-entendu environ) comprendra 100 000 000 exactement et dira elle-même un an plus tard que l'étoile a 100 000 001 ans, ce qui paraît absurde.

- Les nombres Potemkine
Et encore, ce mesurage*** n'est pas le pire, car à peu près tous les opérateurs sont d'accord sur la définition de la longueur et du mètre, ou d'une durée et d'un an. Le pire comme dit Seife, c'est quand on cherche à mesurer des grandeurs mal définies : l'intelligence, la douleur, le sens de l'humour (comme aurait dit Sheldon), ou même un impact... quand on dit que ce test augmente l'intelligence de 40% ou donneront 3 fois plus d'impact à vos cils, on tombe dans le parfait Proofiness. Ces chiffres sont phony. L'auteur les appelle des nombres Potemkine.


2. Rorschach's Demon

Ben voilà tiens, en voilà un exemple directement appliqué en France (et avec circonstances aggravantes) de ce concept.
On prend un résultat non significatif et on lui donne l'air significatif.

L'exemple qui suit est totalement issu de mon imagination et de la fonction d'Excel générant des nombres aléatoires. Mais y a vraiment des études qui ressemblent à ça (celles du bouquin sont réelles, par exemple)
Imaginons donc une compagnie qui veut prouver que la consommation régulière du yaourt qu'elle commercialise augmente l'espérance de vie. Les données récoltées seraient les suivantes :

Je peux décider d'interpréter que l'espérance de vie augmente de 15 ans si tu manges un yaourt tous les jours. C'est probablement ce qu'un bon commercial fera : eh oui, les chiffres sont vraiment obtenus selon les règles mais l'interprétation est d'eux...


Je peux aussi utiliser le modèle donné par Excel et dessiner une variation si peu "statistiquement significative" comme dit le jargon que ça ne veut rien dire du tout.


(Et encore là je ne compte pas les facteurs de confusion, ni la taille et la représentativité de l'échantillon... j'y viendrai)
Quant à la vérité de l'assertion "consommer ce yaourt augmente l'espérance de vie" ? Deux hypothèses :
- Il n'y a aucun lien entre ces deux variables
- Il y en a bien un, que cette étude ne dégage pas car elle est mal menée (possible aussi, le lien fourni en début de cette partie le montre)
Dans ce deuxième cas on dégage deux possibilités non exclusives :
- Le yaourt augmente bien l'espérance de vie de ses consommateurs
- Ou, comme rappelons-le, c'est une marque de luxe, ceux qui le consommeront seront sans doute de classes plus aisées en moyenne que les autres, ce qui introduit un biais, ou plus exactement une corrélation entre les deux faits sans lien de causalité ; un comportement que Seife appelle causuistry.
Casuistry - without the extra "u" - is the art of making a misleading argument through seemingly sound principles. Causuistry is a specialized for of casuistry where the fault of the argument comes from implying that there is a causal relationship between two things where in fact there isn't any such linkage.
(C'est trop génial la langue anglaise qui permet de former des mots comme proofiness et causuistry quand même... imaginez en français ?)
Ci-dessus la version un peu plus développée de ce que je viens de dire : cela consiste à conclure que lorsque deux choses sont présentes simultanément l'une a causé l'autre. Le livre prend comme exemple le parallèle qui fut fait un peu rapidement par la communauté médicale entre un nouveau produit alimentaire mis sur le marché et la recrudescence d'une maladie, oubliant de prendre en compte le simple fait qu'à cette même époque le dépistage de cette maladie avait pris beaucoup d'ampleur.

A ranger dans la causuistry : les "regressions to the moon" consistant à mettre des modèles en équation et les imaginer universels ; un de ces modèles affirme que les femmes courront le cent mètres à Mach 1 au XXIIIe siècle ; un autre a fait accuser la Russie de violer les traités internationaux sur le nucléaire, plus précisément le point concernant la puissance maximale autorisée des essais, en interprétant des mesures sismiques selon une équation valable pour le Nevada (USA).

3. Risky Business

De l'évaluation, la communication et la conception du risque par les sociétés et les populations.

Des histoires des chances de crash notamment d'appareils volants ou spatiaux complètement phony pour raisons politiques, et le fait qu'un scénario présentant une alternative entre deux possibilités, présenté avec les mêmes arguments mathématiques mais présentés de manières différente - l'une évoquant indirectement les avantages de la première alternative et l'autre ses inconvénients - génèrera un choix fait selon la rhétorique et non les arguments mathématiques.

On peut faire la même expérience en France avec le nucléaire, en présentant d'un côté l'augmentation du prix que génèrera l'abandon du nucléaire et de l'autre "s'il se passe quelque chose nous et nos territoires sommes morts". C'est à peu près l'exercice constant auquel on se livre depuis Fukushima (et si encore les chiffres étaient les mêmes comme dans l'expérience précédente, ça serait un progrès).

La sous-estimation commune du risque à pourcentage faible.
La finance et les placements sont naturellement également évoqués, ainsi que le risque qu'un assureur encourt dans son business et comment il peut faire pour le contourner... très claire illustration des causes au moins partielles de Notre Crise des Subprimes.

4. Poll Cats

Oh comme je l'attendais la question des sondages !

Il y a tout :

- l'anecdote du rédacteur en chef d'un journal américain mis à imprimer trop tôt après une élection pas encore comptée et qui avait fait sa une en se fiant aux résultats partiels qui confirmaient les sondages... erreur ! et qui aurait dit, attention les yeux :
"I think the 1948 polls were more accurate than the 1948 election."
Mon grand fou rire du livre !

Et les problèmes du sondage un par un :

En premier, la supposition que le sondage auprès de l'échantillon représente exactement l'opinion de la population entière. Ca c'est un problème que je connais bien, en analyse quand on travaille sur des sols ou du sable.
Solution évidente : tenter de réduire la marge d'erreur (concept que la plupart des journalistes maîtrisent à peu près aussi bien que moi un semi-remorque).

La marge d'erreur est l'intervalle entourant la réponse donnée dans lequel la réponse réelle a X% de chances de se trouver (ce X chiffre l'effet du hasard qui peut être un sacré couillon parfois et avoir complètement faussé ton échantillon même si t'as bien bossé : on veut le hasard minime, donc X important). Oui c'est compliqué.
Disons par exemple que si des études permettent de dire que ma plantation de choux va générer cette année 56 choux avec une marge d'erreur :
- de 5 choux à X=95% de certitude : J'ai 95% de chances d'obtenir entre 51 et 61 choux,
- de 8 choux à X=99% de certitude : J'ai 99% de chances d'obtenir entre 48 et 64 choux.
(Si si ces deux affirmations sont parfaitement compatibles)
Concrètement, ça veut dire que je suis sûr à 95% seulement de pouvoir livrer les 50 choux que je dois à mon client après la récolte. Pas à 99% par contre.
Donc la marge d'erreur change selon le degré de certitude que tu veux apporter à ce résultat.
Quoi migraine ? Ah c'est compliqué la science des statistiques et des sondages, hein ?
Ben les journalistes aussi sont dans les choux pour le coup, hein.

Plus simplement, la marge d'erreur (qu'on dit erreur aléatoire) change également avec la taille de l'échantillon : plus il est grand, plus l'erreur aléatoire est petite.

C'est ce qu'a voulu faire un magazine pour l'élection Roosevelt-Landon de 1936, en sélectionnant un échantillon énorme composé de près du quart des votants de l'époque... et l'erreur équivalut à 250 fois la marge d'erreur calculée.

Pourquoi ? Parce que l'échantillon comportait ce qu'on appelle une erreur systématique : un énorme biais qui lui ne diminue pas avec la taille de l'échantillon... les sondés l'étaient par téléphone, rares à l'époque et réservés aux riches, ce qui donnait un échantillon très nettement surreprésenté en votes républicains par rapport à la population...

D'autres énormes biais des sondages sont abordés que je ne détaillerai pas non plus.

5. Electile Dysfunction
6. An Unfair Vote

Je rassemble ces deux-là sous forme de problématiques :
- Y a-t-il un dénommé 'Lizard People' dans l'Etat du Minnesota ? Ce vote pour Lizard People est-il valide ou blanc ?
- Parlons des erreurs de comptage... Bush v. Gore ? Impossible de connaître le nombre de voix exact pour chaque candidat ?
- Ne serait-il pas plus démocratique d'établir un système de classement des candidats par chaque votant plutôt que juste un nom afin de choisir le gagnant ?

7. Alternate Realities

Des cas de tribunal pour lesquels les arguments mathématiques bidon utilisés ont pu participer à la condamnation ou l'acquittement d'accusés, et aussi un cas médiatique sur la question du caractère dissuasif de la peine de mort.
Permettez-moi d'utiliser l'exemple théorique**** de l'annexe liée à ce chapitre car je considère qu'il a vraiment une valeur pédagogique.
Il utilise l'exemple d'une maladie rare et incurable qui peut être
fait n°1 : dépistée par un test qui dans 0,00001% des cas (une fois sur un million) seulement détecte un "faux positif" .
Vous subissez le test. Vous êtes positif. Vous êtes effondré. En effet, si un seul test sur un million donne un faux positif il est très improbable que vous soyez concerné par ce faux positif donc vous êtes sûrement vraiment positif.
Quoique ?
Il ne faut sans doute pas ignorer le
fait n°2 : la maladie, comme on l'a dit, est rare. En fait, elle touche une personne sur un milliard.
Ce qui voudrait dire que si on testait la planète entière, dont on estimera la population à sept milliards alors
fait n°3 : on aurait des résultats très voisins de
- sept vrais malades
- et sept mille faux positifs...
Soit une probabilité d'être vraiment malade de 0,1% seulement et non de 99,99999% comme on le croyait au départ.
Vous pouvez être un peu rassuré quand même.
(Tiens c'est marrant ça, y a un exo qui illustre pile ce genre de confusion dans le bac de maths d'hier. Pas besoin de savoir le faire il suffit de lire l'énoncé de la partie A de l'exo 1.)

Beaucoup de cas en justice donnent un fait numéro 1 sans le pondérer avec un fait numéro 2 et en n'en déduisant donc pas le fait n°3 qui donnerait une interprétation très différente du fait n°1. C'est un exemple de proofiness.

En remplaçant maladie par meurtre et en adaptant les phrases, on peut avoir une idée des arguments bidon avancés par certains procureurs et avocats.
C'est ainsi qu'un avocat a intentionnellement trompé le jury en lui faisant confondre "probabilité qu'une femme battue soit assassinée par son mari" (0,1%) et "probabilité que cette femme battue dont on sait qu'elle a été tuée l'ait été par son mari" (supérieure à 50%).
Par exemple.

8. Propaganda By The Numbers

Comment les gouvernements utilisent à mauvais escient les nombres pour tromper l'opinion, en particulier lors de la guerre du Vietnam.

Voilà. Pour des raisons éditoriales, cet article n'est qu'une overview***** partielle et pas un résumé exhaustif. Ca se voit d'ailleurs en le lisant, j'empiète un peu sur le droit classique de citation mais c'est pour faire de la pub.

Bref, si vous lisez la langue de Shakespeare dans le texte, c'est vraiment super instructif.

*Oui c'est nul.
** Orthographe à vérifier.
*** Le mot existe. Inventé par des techniciens qualité qui trouvaient le mot mesure trop polysémique. Le mesurage désigne l'action de mesurer, la mesurande est la grandeur mesurée.
**** Que j'ai dû réécrire plusieurs fois et relire une dizaine parce qu'avec les probas il faut faire super attention à ce dont on parle.
***** Comment ça se dit en français bon sang ?

mardi 21 juin 2011

Republication...

... d'un billet édité le jour du dernier grand bug de Blogger. Pas à l'identique parce que ce corniaud ne m'a pas sauvegardé la dernière version. Et j'en ai tellement bavé sur la note précédente (écrite en plusieurs mois) qu'aujourd'hui je vous ferai du réchauffé. Désolée.

J'ai vraiment un cerveau torturé qui non seulement me fait parler quand je dors, mais en plus me fait mener des discussions cohérentes.

Je me suis réveillée ce matin (d'avril le matin, il date pas mal) avec le vague souvenir agaçant d'un rêve où j'essayais de communiquer quelque chose de très important à mon copain, et où lui il rigolait, ne comprenait visiblement rien à ce que je disais parce qu'il répondait totalement à côté (genre professeur Tournesol un peu), et était visiblement convaincu que je parlais dans mon sommeil et que c'était un délire de mon cerveau alors que j'essayais de lui dire quelque chose de super important. Gnnnnnnnnnnnnnn.

Ce matin donc, le voilà qui raconte la discussion qu'il a eue hier avec moi (endormie donc, vous l'aurez compris) alors que lui avait juste éteint la console pour venir dormir. Ce qui me fait globalement penser qu'en période de sommeil y a des gros noeuds dans mon dictionnaire interne :

Moi : *Grogne* (précision gentiment apportée : "comme d'habitude") - Fais pas trop bouger la console, ça fait bouger les tartelettes dans le gâteau (un gâteau fourré aux tartelettes c'est concept, faut le reconnaître, mais j'ai jamais jamais fait ça)
Lui : *rigole* - D'accord je ferai attention
Moi : - Tu te souviens de ce qu'il faut faire ?
Lui : - Non (Normal. Moi non plus.)
Moi : - Il faut que tu prennes les données de bouffe (???) qui viennent d'échantillons de vieille bouffe (????????????? inquiétant en plus...)
Lui : - J'en fais quoi ?
Moi, énervée : - Ben soit tu les gardes, soit tu les passes à Christophe !

Plus tard :
- Où est Christophe ?
- Tu vas me raconter tout ça pour te foutre de moi demain matin !
- Pourquoi je ferais ça ?
*Rideau* (dommage)

Précisions :
- J'avais une armée de collègues au boulot mais absolument aucun Christophe, que je n'ai jamais appelé Christophe par erreur, rien du tout...
- J'imagine dans l'ensemble des données de bouffe un mélange des préoccupations du moment, à savoir trier et ranger mes données, trier et ranger mes vieux échantillons, et acheter les ingrédients et faire toute la pâtisserie de mon goûter pour les collègues...
- Mais quand même a posteriori c'est super marrant.

Mais j'ai eu ma revanche quelques jours plus tard quand mon copain a semblé croire que me traiter de séquence c'est une belle déclaration d'amour...
Heu...
Oué, si tu veux.

lundi 20 juin 2011

A Guzerat...


... à la fin du XVIIIème siècle, un tigre fut Zahir ; à Java, un aveugle de la mosquée de Surakarta, que lapidèrent les fidèles ; en Perse, un astrolabe que Nadir Shah fit jeter au fond de la mer [...]; à la mosquée de Cordoue, selon Zotenberg, une veine dans le marbre de l'un des mille deux cents piliers.
Il s'agit du début (ou presque, une autre phrase précédait celle-là mais nuisait à mon intro) de la nouvelle intitulée "Le Zahir", douzième du recueil L'Aleph de Jorge Luis Borges.

Un des seuls trucs intéressants que mon ancien prof de français de prépa aura dit en classe*, et sans doute le seul que j'aurai retenu, c'était que Borges était un maître en l'usage de références imaginaires. Je ne suis donc pas sûre que toutes les sources qu'il cite soient réelles, notamment la référence Urkunden zur Geschichte der Zahirsage qui serait fictive mais inspirée d'un livre réel.

Parce que sinon, tout ce qu'on a du Zahir c'est le roman du même nom** de Paulo Coelho, et non je ne l'ai pas acheté, je suis désolée, Paulo Coelho c'est comme Bernard Werber*** et Marc Levy, c'est contre ma religion. Déjà mon père qui a cru me faire plaisir l'an passé avec la version anglaise de l'Alchimiste que je me suis empressée de perdre. Dommage qu'il m'ait pas dégotté le Zahir à la place, ça m'aurait déjà plus servi.

Voyons donc l'histoire racontée par Borges, qui elle a le mérite de se trouver à mes côtés.

Le narrateur de l'histoire, en quittant le lit de mort de la femme dont il était amoureux, prend un verre dans un bistrot et se fait rendre parmi la monnaie, une pièce toute rayée de vingt centimes : le Zahir de ce temps à Buenos Aires. Tout un train d'histoires liées à l'argent se forme dans sa tête (les 30 deniers de Judas, le louis d'or qui trahit Louis XVI...), et il expose une pensée selon laquelle l'argent est abstrait et représente le libre-arbitre et le caractère imprévisible du futur.

Après des rêves de pièces, le lendemain il se débarrasse du Zahir en s'égarant volontairement en ville ; mais il continue à y penser, écrit même une nouvelle qui apparaît au départ distante du "commerce des hommes" mais dont on découvre qu'un trésor est le coeur (nouvelle liée au Fáfnismál). Il croit guérir de l'obsession de la monnaie, n'y parvient pas, tente de la remplacer par d'autres en vain, et après une visite chez le psychiatre il trouve dans une librairie le livre Urkunden zur Geschichte der Zahirsage, un condensé de tous les documents se rapportant à la "superstition du Zahir", qui sont résumés par la suite. La conclusion est "[Muhammed Al Yemeni] lui dit qu'il n'y avait pas de créature au monde qui n'eut une propension à être [Zahir] mais que le Tout-miséricordieux ne permet pas que deux choses le soient en même temps puisqu'une seule peut fasciner les foules".

Le narrateur comprend désormais que rien ne le sauvera, découvre qu'une autre personne de ses relations a été affectée par la monnaie et sait qu'il deviendra comme elle.

"Qualifier cet avenir de terrible est fallacieux, puisqu'aucune de ses circonstances n'aura de réalité pour moi. Je ne percevrai pas l'univers, je percevrai le Zahir. Selon la doctrine idéaliste les verbes vivre et rêver sont rigoureusement synonymes ; de milliers d'apparences je passerai à une seule ; d'un rêve très complexe à un rêve très simple. D'autres rêveront que je suis fou et moi je rêverai au Zahir. Lorsque tous les hommes ici-bas penseront jour et nuit au Zahir, qui sera un songe et qui sera une réalité, la Terre ou le Zahir ?"
Un espoir tout de même : tels les soufis répétant les mots jusqu'à leur ôter leur sens, il espère user le Zahir en y songeant sans cesse.
Peut-être que derrière la monnaie se trouve Dieu.
Notion assez complexe à expliquer [en] que ce Zahir. Je le comprends bien mal, à mon grand regret.
Quel qu'il soit, le Zahir a la "terrible vertu de ne pouvoir être oublié" et "l'image [du Zahir] finit par rendre les gens fous".
Zahir, à son stade ultime, soulève les foules vers une obsession, une illusion commune, qui, si elle devient vraiment commune, remplacera la réalité.
Et si la religion elle-même était cette obsession, ce changement de vision ?
La simple foi est-elle donc elle-même Zahir ?

Je ne parviens pas à vraiment appréhender la nouvelle et le Zahir, le style de Borges étant ce qu'il est sûrement beaucoup de choses m'échappent. En fait je n'imagine guère un Zahir universel. Mais j'imagine un Zahir personnel, qui peut te poursuivre longtemps même après qu'il soit hors de vue.
Et qui empêcherait ce Zahir d'être multiple en un même temps s'il ne concerne pas tout le monde ? La règle ne serait-elle pas plutôt que le Zahir est unique pour chacun ?

Paulo Coelho le voit en tout cas ainsi : le Zahir, pour le narrateur de son roman, a pris la forme de sa femme disparue.
Admettons.
Ce qui ramènerait l'universalité du monde à une notion abstraite, qu'on pourrait définir autour d'une problématique philosophique "Qu'est-ce que la réalité ?".
Admettons encore.
Là on s'engage sur des terrains qui me sont inconnus.

Cependant, en lisant Zahir, je ne peux m'empêcher de penser à l'image qui constitue peut-être mon Zahir personnel. L'image dont j'ai peur qu'elle me rende folle et que je n'ose pas affronter. Et j'ai beau tenter de m'en détourner, je sais qu'elle est toujours là quelque part dans mon esprit.
Zahir pour moi est une image obsédante, un objet de jalousie et de tristesse permanentes, et en plus le symbole d'un monde dont je me suis exclue moi-même par déception et dont je n'ai jamais retrouvé d'équivalent, le symbole d'une complicité, d'une connexion comme je n'en ai jamais connu d'autres par la suite.
Depuis plusieurs années je crois régulièrement guérir. Pendant de longues périodes je peux y penser sans trop de mal. Et tout aussi régulièrement, des rechutes surviennent.

Parfois des épreuves, aussi, que j'esquive jusqu'ici au risque de blesser d'autres.
Mais j'ai peur de regarder Zahir.
Et je vois venir la prochaine confrontation.
D'autres rêveront que je suis fou et moi je rêverai du Zahir.

* C'est pas une blague, malheureusement. Rarement autant roupillé en classe.

** Pendant que j'y pense. Depuis qu'une bande de pinailleurs de culture générale ont pinaillé (fallait s'y attendre), sur un forum que je modérais il y a 3-4 ans, sur le sens exact du mot "éponyme", je n'utilise quasiment plus jamais ce terme comme ça j'ai pas d'emmerdes. Éponyme veut dire "qui a donné son nom à" (selon mon vieux dico Hachette) mais dans la langue parlée, beaucoup de gens l'utilisent plus simplement comme "de même nom que". Ce qui menait des pinailleurs à râler sur des questions comme "comment s'appelait le mentor de Candide dans le roman éponyme ?" parce qu'a priori c'est le personnage qui a donné son nom au roman et pas le contraire (quoique...), ce qui n'empêche pas la question est tout de même parfaitement compréhensible... Le mot parfait pour refaire le débat "qui fait la langue française, le peuple ou l'Académie ?" Et comme pour tous les débats, je ne m'en mêle pas et je préfère dire "du même nom".

*** J'en ai déjà parlé de Werber, et quant à Marc Levy, Et si c'était vrai est le seul que j'ai réussi à finir, parce que l'idée était originale, mais bon sang, comme je trouve que c'est mal écrit...

----EDIT-------

Please please please que QUELQU'UN m'explique pourquoi Blogger m'envoie me faire ****** quand je lui demande JUSTE de me mettre les notes en "small" ?

dimanche 19 juin 2011

70, 80, 90

Préambule 1 : tout ça c'est en référence à mon français centro-alsacien. Je ne connais pas tous les jargons régionaux ni français, ni suisses, ni belges.
Préambule 2 : ça fait deux mois que j'ai quitté la Belgique, j'ai beaucoup oublié...

Un des premiers trucs qui te font griller comme Français quand tu viens en Belgique ou en Suisse, c'est ces nombres-là. Premier truc quand on est arrivé en Belgique, allez hop un café à un euro septante.

Septante n'est pas un belgicisme à proprement parler, déjà parce que ça serait aussi un helvétisme, et surtout c'est plutôt la France (et le Québec, selon mon expérience, mais à confirmer) qui est une exception à ce niveau.

Pour résumer :

- soixante-dix, quatre-vingts et quatre-vingt-dix en France et au Québec,
- septante, quatre-vingts et nonante en Wallonie, Francophonie comme on dit parfois ici,
- septante, huitante et nonante en Suisse romande (mesures prises en Valais)
- et pour les autres francophonies du monde, je ne sais pas mais j'aurais tendance à utiliser les mots de France.

Jamais entendu octante de ma vie, par contre. Paraît que ça se dit ailleurs en Suisse romande...

Quelques infos ici pour les curieux.

Et quelques autres expressions belges, pour finir (où du moins entendues seulement en Belgique) :
- "Je lui ai demandé si au cas où il saurait m'aider" quand un Français dirait "pourrait".
- "Prendre attitude", vu dans un communiqué de syndicat tout à l'heure. Je pense que j'aurais dit "prendre position".
- Prononcer le T de vingt est vraiment un truc de l'Est de la France, de Suisse et de Belgique.
- Je suis restée sacrément décontenancée quand le mec de la sécurité m'a expliqué comment disposer des déchets de "frigolite non souillée".
- Les Belges, en tout cas d'ici, se font une ou trois bises. Chez moi, c'est 2 ou 4. J'ai toujours l'air con.
- "Tu peux mettre la porte ?" Pas très pratiqué en France, moi j'aurais dit, en l'occurrence, la fermer.
- Quasiment jamais entendu le "une fois" caricature de la Belgique...
- Un petit accent qui fait le charme du coin : "houit", "couivre"...
- Le téléphone portable : GSM en Belgique, "portable" simplement en France, "natel" en Suisse. Pas compliqué.

Et tous les autres qui ne me reviennent pas...
Et vous, vous en voyez d'autres ?